Le parcours d’apprentissage de la lecture chez les plus jeunes est jalonné d’étapes aussi délicates qu’essentielles. Dès le CP, passer du décodage laborieux des sons à la compréhension fluide du texte exige des approches pédagogiques adaptées. Parmi celles-ci, la méthode Borel-Maisonny occupe une place à part, surtout lorsqu’il s’agit d’aider tous les enfants, y compris ceux rencontrant des difficultés d’expression ou porteurs de troubles du neurodéveloppement.
Je vous propose ici d’explorer en détail cette méthode gestuelle, sa pertinence pour les élèves de CP et la façon dont elle peut transformer l’apprentissage de la lecture.
D’où vient la méthode Borel-Maisonny ?
Née au début du XXe siècle grâce à Suzanne Borel-Maisonny, orthophoniste pionnière dans l’étude du langage, la méthode borel-maisonny a été pensée initialement pour répondre aux besoins d’enfants présentant des soucis de langage oral et écrit. Depuis, elle s’est étendue et adaptée au contexte scolaire courant, où elle aide notamment les élèves de CP à entrer dans la lecture.
Le principe central repose sur l’association de chaque phonème à un geste visuel simple, appelé geste borel-maisonny. Concrètement, pour chaque son, une position spécifique des mains ou du corps vient matérialiser ce qu’on entend, facilitant ainsi l’articulation des sons et le repérage des phonèmes. Ce système ajoute une dimension kinesthésique à l’apprentissage traditionnel. Résultat : les élèves associent rapidement le son entendu, le graphème lu et le geste réalisé, renforçant la mémorisation et la compréhension.
La chaine youtube « Nicole et Anatole cours de CP, lire et écrire » explique très clairement cette méthode et donne des exercices avec les gestes à associer aux sons et phonèmes. Elle passe en revue les voyelles orales, les voyelles nasales, les consonnes fricatives, liquides, occlusives, nasales et les semi-consonnes.
Pourquoi la méthode borel-maisonny convient-elle particulièrement aux élèves de CP ?
Les débuts du cycle primaire sont un moment clé pour le développement des compétences linguistiques nécessaires pour lire et écrire avec plaisir et efficacité. En classe de CP, il existe une grande variété de profils : certains enfants arrivent lecteurs, d’autres peinent à distinguer les sons qu’ils entendent. Pour accompagner ces différents profils, des activités de lecture adaptées peuvent faciliter le déclic de la lecture, notamment pour les élèves souffrant de troubles du langage.
Dans ce contexte, la méthode borel-maisonny offre plusieurs atouts précieux. Elle rassure en proposant un référentiel commun – les gestes borel-maisonny – qui guide la répétition et l’automatisation des relations entre phonèmes et graphèmes, même lorsqu’une oreille a du mal à capter toutes les subtilités du langage oral. Par ailleurs, la dimension ludique et interactive séduit naturellement les enfants de cet âge, favorisant leur implication lors des séances collectives ou individuelles.
Comment mettre en œuvre la méthode borel-maisonny en classe de CP ?
Intégrer la méthode borel-maisonny dans les pratiques quotidiennes ne demande ni matériel sophistiqué ni prérequis techniques. Toutefois, un cadre structuré et une organisation cohérente permettent de garantir son efficacité durablement.
L’adulte (enseignant·e, auxiliaire, AESH…) commence généralement par présenter les gestes associés à chaque son, souvent en se concentrant d’abord sur les voyelles puis sur les consonnes. Pour renforcer cette découverte, il est possible de proposer des jeux d’écriture ludiques qui favorisent la mémorisation et la maîtrise du geste graphique. Il accompagne la découverte d’exercices réguliers de répétition : l’enfant observe le geste pendant l’énoncé du son, puis l’effectue lui-même, en prononçant à haute voix. Cette triple entrée – sonore, visuelle et corporelle – ancre profondément la relation phonème/graphème dans la mémoire.
Exemples concrets de séquences autour des gestes borel-maisonny
Prenons l’apprentissage du son [f]. L’enseignant présente le geste borel-maisonny associé : la main frottée contre la gorge, rappelant ainsi la vibration du souffle en produisant ce son. Tout le groupe répète ensemble, observe le geste puis cherche dans un imagier des mots contenant le son étudié (« fleur », « fruit », « feuille »). Petit à petit, chaque nouveau son découvert s’ajoute à la palette commune de gestes et enrichit le répertoire collectif.
En cas de difficulté persistante, l’élève peut revenir sans stigmatisation sur le geste concerné lors d’ateliers dédiés. Les apprentissages sont différenciés : les enfants qui maîtrisent déjà certains sons servent de tuteurs bienveillants auprès de leurs pairs. Le jeu prend également toute sa place avec des devinettes ou des petits jeux de mime mettant en scène les gestes borel-maisonny.
On trouve aussi des exercices avec des lettres sous forme de personnages qui permettent d’associer le son avec les gestes d’une manière ludique et différente, favorisant la mémorisation. La chaine youtube Tipuce propose plein de petits modules avec des exercices à appliquer en classe de CP.
Structuration d’une progression hebdomadaire
Pour donner un aspect routinier à la méthode borel-maisonny, de nombreux enseignants adoptent une grille de progression semaine après semaine. Voici un exemple possible :
- Lundi : découverte d’un nouveau son et démonstration du geste borel-maisonny correspondant.
- Mardi : inclusion du nouveau son dans une dictée de syllabes simples, accent sur la prononciation collective.
- Jeudi : lecture de petites phrases contenant le son de la semaine, gestes systématiques pour aider à repérer le phonème cible.
- Vendredi : jeu collectif (mémory, loto sonore, relais de gestes) pour réinvestir les acquis.
Cette routine sécurise les élèves de CP en fixant des rendez-vous précis propices à la consolidation des apprentissages tout en offrant une dynamique de groupe motivante.
Quels sont les avantages spécifiques pour certains profils d’élèves ?
Si la méthode borel-maisonny bénéficie à l’ensemble des élèves, elle prend tout son sens auprès des enfants présentant des difficultés d’expression orale, des troubles du neurodéveloppement ou repérés en orthophonie. Le côté multi-sensoriel de la démarche – auditif, visuel, moteur – soutient là où une simple approche écrite resterait insuffisante.
Chez des élèves dyslexiques ou atteints de troubles spécifiques du langage, la synchronisation geste/son/lettre constitue un point d’appui concret pour clarifier les confusions fréquentes (par exemple, entre [b] et [d]). De plus, la reconnaissance collective des gestes évite la stigmatisation : chacun évolue à son rythme, mais personne n’est jamais exclu du processus commun.
Quelles sont les méthodes alternatives ou complémentaires à la méthode borel-maisonny ?
S’il existe une multitude d’approches pour aborder l’apprentissage de la lecture en CP, chacune possède ses caractéristiques propres, avec parfois des complémentarités intéressantes.
Deux autres méthodes se distinguent généralement :
- La méthode syllabique : centrée entièrement sur la correspondance entre chaque lettre (ou groupe de lettres) et son son, elle avance pas à pas vers la fusion des sons pour former des syllabes, puis des mots complets. Cette technique, très efficace pour automatiser le décodage, trouve un réel renfort dans la méthode borel-maisonny lorsque les sons posent problème à assimiler uniquement à l’écrit.
- La méthode semi-globale : hybride, elle associe reconnaissance visuelle globale de mots familiers (surtout fréquemment utilisés) et analyse syllabique. Ici encore, la composante gestuelle offre un outil supplémentaire pour lever les blocages et soutenir l’attention des élèves fragiles.
En combinant ces différentes stratégies, l’enseignant adapte sa pédagogie à la diversité des profils présents dans la classe, tout en assurant la continuité de l’apprentissage de la lecture.
Approfondir et trouver des ressources sur la méthode Borel-maisonny
Bon nombre d’enseignants, d’orthophonistes et de parents engagés cherchent à aller plus loin sur ce sujet. Il existe aujourd’hui une riche documentation, accessible tant sous forme papier que multimédia, pour perfectionner cette méthode gestuelle.
Voici quelques recommandations de sources pour explorer ou illustrer la méthode :
- Des sites institutionnels spécialisés dans les sciences du langage proposent des vidéos explicatives sur les gestes borel-maisonny, présentant les gestes un à un de façon très pragmatique. Certaines plateformes destinées aux maîtres remettent gratuitement à disposition des affiches, grilles de progression et documents téléchargeables.
- Certaines chaînes éducatives en vidéo, via des tutoriels, démystifient la mise en pratique quotidienne à travers des sessions filmées en classe de CP ou en petit groupe d’orthophonie. Ces supports montrent les enfants en action, offrent des astuces concrètes pour la gestion de groupes hétérogènes et illustrent la diversité des contextes possibles : inclusion, situation de handicap, remédiation individuelle.
- Plusieurs institutions publiques, comme les centres référents en troubles du langage ou certaines académies, mettent en ligne des fiches synthétiques et plans de séances à adapter selon le niveau de la classe. Elles conseillent enfin sur l’intégration de la méthode dans des projets interdisciplinaires mêlant écriture, arts visuels et musique.
Ces sites vous apporteront des idées d’approche et de méthode utiles pour vos classes de CP :
https://www.lelivrescolaire.fr
Enfin, il ne faut pas hésiter à s’inspirer de forums spécialisés ou de groupes d’entraide entre professionnels et parents. On y partage régulièrement des innovations pédagogiques et des retours d’expérience précieux quand surgissent des difficultés scolaires inattendues.
Quelques précautions et limites dans l’utilisation de la méthode borel-maisonny
S’engager dans la démarche gestuelle suppose néanmoins une attention constante quant au rythme et au suivi des élèves. Certains enfants pourraient voir dans la multiplication des gestes borel-maisonny un risque de surcharge si la méthode est appliquée de manière trop rigide ou intensive. Il convient alors d’observer attentivement les réactions du groupe et de veiller à doser judicieusement temps de geste, retour à la manipulation de l’écrit, ou usage d’autres supports multisensoriels.
Par ailleurs, une coordination avec d’autres intervenants (orthophonistes, psychologues scolaires, familles) s’avère souvent profitable. Un travail conjoint autour des gestes garantit une cohérence bénéfique, surtout dans le cadre de parcours personnalisés ou de prise en charge de difficultés scolaires installées.
Perspectives d’évolution et adaptation continue en milieu scolaire
L’univers de l’apprentissage de la lecture évolue et la méthode borel-maisonny n’échappe pas à l’innovation, ni à la remise en question. Certains enseignants intègrent désormais des outils numériques pour dynamiser la transmission des gestes ou décloisonner les activités traditionnelles. Côté formation, de nouvelles générations de professeurs bénéficient d’ateliers pratiques pour s’approprier le dispositif dès leur année de stage.
Avec l’ouverture croissante à l’inclusion, intégrer cette méthode en CP reste un levier puissant pour donner à chacun, quels que soient ses points forts ou ses fragilités, l’accès à la lecture et à l’expression orale en confiance. La flexibilité et l’aspect vivant de la méthode borel-maisonny offrent de solides garanties pour affronter avec sérénité les premières étapes, parfois chaotiques, de la conquête du langage écrit.

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